10 avril 2011
Excuses
Le FN n'a pas de programmes, mais des excuses. S'il parvenait au pouvoir, quoi qu’il fasse, il saurait expliquer la cause de ses échecs : l'étranger. Ce qui lui permettrait de faire absolument n'importe quoi.
Figés dans cette période de l'intelligence propre à l'adolescence boutonneuse qui embrouille les esprits, aucun de ses dirigeants ne songerait, devant cette absolution de principe, à s'emmerder à faire des efforts pour gouverner le pays alors qu'il y aura tant et tant à faire pour satisfaire les appétits de pouvoir des petits copains.
21 mars 2011
Ouh ouh, Cécile, on est par là.
Madame Duflot a commis un curieux lapsus lorsqu'elle a voulu nous rassurer quant aux retombées possibles du nuage radioactif de Fukushima : elle a déplacé le Japon dans l'hémisphère sud. De là, le nuage ne pouvait nous atteindre. Je ne vais pas vous infliger la vidéo montrant cette bourde. Suffisamment affligeante en elle-même, elle est disponible partout sur le web.
Madame Duflot est - paraît-il - titulaire d'un DEA en géographie. Elle est surtout secrétaire nationale d'un parti politique qui vient de solliciter nos voix pour les élections.
A quelle émotion a-t-elle succombé en déplaçant d’un coup le Japon de cinq mille kilomètres vers le sud ? Pourquoi cette urgence à ne pas le voir à sa place ? Refus de se sentir personnellement exposée à la réalité du danger dont elle nous rebat les oreilles ? Peut-être. Risque de s’empêtrer dans les explications qu’il faudra donner lorsqu’on s’apercevra que l’iode 131 du nuage, si dangereux, renâcle à parvenir jusqu’à nous avec sa durée de vie si courte et son long trajet si long qui le diluera dans les vents d’ouest ? Sans doute. Atermoiement du bureau politique des Verts hésitant à se monter polémistes la veille d’un scrutin où ils proposent de se poser comme rassembleurs des gauches ? Plus vraisemblablement.
Preuve, surtout, d’une incapacité à poser dans le monde réel les vrais enjeux du combat qu’elle prétend mener pour nous.
Son combat n’est donc pas le nôtre. Nous voulons préserver le cadre magnifique de cette nature si généreuse à notre égard. Elle veut, quant à elle, marquer des points pendant les cantonales. Alors, le Japon et les Japonais, mon bon monsieur... face à cette urgence, s’ils allaient se faire voir pour une dizaine de jours du côté de la Terre Adélie ?
Les poètes l’avaient pourtant versifiée
Les poètes l’avaient pourtant versifiée, les illustrateurs l’avaient dessinée, les cinéastes l’avaient filmée, les calculateurs l’avaient calculée, les enseignants l’avaient enseignée, tous avaient imaginé, cauchemardé, anticipé, annoncé la catastrophe.
Les financiers n’ont rien vu venir et ont tenu la dragée haute à toutes ces cassandres, jusqu’au bout. Le bout, c’est évidemment le jour où la catastrophe est arrivée.
Enfin, rien vu venir, c’est sans doute trop leur prêter et l’on ne prête pas à un financier : c’est lui qui vous prête. Il vous prête ce qui vous appartenait, dont il s’est emparé pour protéger votre avenir. C’est bon pour l’avenir, croyons-nous, et cette croyance-là est partagée par les poètes, les illustrateurs, les cinéastes, les calculateurs, les enseignants, vous, moi et les financiers eux-mêmes. Sinon, on ne les laisserait pas faire.
Donc, nous ne leur prêterons pas l’idée qu’ils n’ont rien vu venir. Ils l’ont calculé. Ils ont mesuré combien leur rapporterait le fait de ne rien prévoir et combien leur coûterait le fait de prévenir un tsunami majeur, pesé le pour, pesé le contre, mesuré la hauteur d’eau, estimé la probabilité, la résistance des matériaux, leurs coûts, la résilience des marchés. Eux savent ce qu’il faut mettre derrière ces mots-là parce que les mots, c’est la vraie force des financiers. Ils savent, ils ont appris, ils ont mesuré la force des mots et c’est avec la force des mots qu’ils gouvernent contre la nature qui n’a qu’à bien se tenir parce qu’elle ne parle pas, la nature, elle se tait.
Alors les dirigeants de Tepco ont acheté une centrale US conçue pour les plaines du Middle West et l’ont installée au bord de l’eau, au Japon, face au Pacifique, croisant les doigts pour que rien de méchant ne surgisse dorénavant du Pacifique
Mais si elle se tait, la nature agit. Elle a même cette fâcheuse habitude d’agir là où on l’attend.Les montagnards tombent dans les crevasses, les marins sont emportés par des vagues scélérates, mais on n’a jamais vu de vague scélérate parcourir un glacier ni un pont de neige céder sous la coque d’un navire. La nature est prévisible. Il n’y a pas que les financiers qui savent calculer. Les géologues le font très bien aussi et leurs calculs montrent que la plaque pacifique se planque sous la plaque asiatique aussi vite que dix centimètres par an. C’est plus rapide que partout ailleurs sur la planète. Bon, c’est une histoire entre plaques, on ne s’en mêlera pas, on est juste là pour en subir les conséquences mais ce que l’on sait c’est que si un tremblement de terre majeur devait arriver il pouvait se produire là, justement, du côté du Japon, sur la côte Pacifique et ce n’est pas le précédent de Kobé, à peine plus loin, qui pourrait le démentir, un précédent ne détourne pas de l’avenir, il l’annonce. Ce n’est pas un financier qui pourra affirmer le contraire.
La seule chose qu’ignoraient les financiers, il faut leur concéder cela aussi parce qu’il faut tout leur concéder, c’est la date de la catastrophe. Allait-elle survenir avant ou après la mort des financiers ? Après, on n’en aurait pas fait une affaire, mais avant, il faut bien dire que ça fait désordre.
Ils ont fait un pari à beaucoup de dizaines de milliards de dollars, c’est ce que coûterait au Japon la fusion métallique des réacteurs de Fukushima. Les Japonais vivent une immense menace de santé publique, mais puisqu’il est si moderne de partager le point de vue des financiers, je dois dire que ce n’est pas cela qui m’ennuie le plus dans cette affaire de centrale nucléaire. Ce qui m’ennuie le plus, c’est la dizaine de mètres de hauteur de digue qui ont manqué pour protéger cette centrale exposée à un risque majeur de tsunami. Que l’on ne protège pas la populace, c’est bien normal, un tsunami c’est du PIB à venir qu’il faut garder sous le coude, OK, d’accord, faut bien que nos financiers bouffent et comme ils n’ont que nous à bouffer, faut les comprendre. Mais qu’il manque dix mètres de digue pour protéger un investissement aussi imposant que six réacteurs nucléaires, ça fait tache. Pour tout dire, perdre six réacteurs nucléaires sur un coup aussi prévisible, ça fait même très très très amateur. Vous vous rappelez la dernière fois que votre patron vous a traité de faignasse parce que vous n’avez pas atteint vos objectifs ? Vous avez tenté de lui expliquer que c’est un coup de malchance mais il vous a répondu qu’en affaires la malchance n’existe pas. « C’est une question de volonté ! » Oh, il était fâché, le monsieur et vous a vraiment pris pour un idiot d’avoir osé un argument aussi creux.Ben là, c’est pareil.
La malchance n’existe pas. C’est une question de volonté.
Dans le monde de la finance, pour gagner beaucoup, il faut être capable d’investir beaucoup. Sinon on vend des merguez au coin de la rue. C’est le discours que n’a cessé d’asséner à ses actionnaires le créateur du site Amazon, avec le succès que l’on sait. Ils ont investi beaucoup et emporté le marché. C’est un exemple. Mais avec Tepco, les Japonais sont tombés sur des bras cassés. Écoutez-moi ça : « Alors, Mr Tepco, c’est quand qu’il rentre le pognon ? Ça vient ces factures d’électricité ?– C’est à dire que nous avons un petit coup de malchance, monsieur, il y a eu un tsunami. – J’entends bien mon vieux, mais ce n’est pas ce petit tsunami ridicule à vingt-cinq mille morts qui va empêcher le pognon de rentrer. Trois, quatre jours pour remettre les lignes je veux bien, mais là ça fait une semaine qu’on peut plus facturer la production de ces centrales. Il est où le courant ?– Il n’y aura plus de courant, m’sieur. (Gros silence). Les six réacteurs, eh bien, comment dire... ils sont foutus, cassés, perdus... »
Ce n’est pas en France que nous risquons de tomber sur des singes pareils, ah ça non. Nous sommes, nous, de vraies lumières, c’est à se demander pourquoi nous avons besoins de tant d’électricité pour nous éclairer la nuit. Enfin, on verra bien. La bourse, elle, – seul juge et suprême arbitre de la finance – ne s’y est pas trompée : elle a ramené l’action de Tepco au tiers de sa valeur d’avant l’accident. Pour dix mètres de digue qui ont manqué, c’est pire qu’une claque, c’est une vraie raclée. Pas contente, la bourse, mais alors pas contente du tout : perdre sa mise, dans ce métier, c’est l’incompétence ultime. Dix mètres ! Les cons.
Les nuages d’explosion des bâtiments de la centrale nucléaire passés en boucle depuis une semaine sur toutes les chaînes de télé du monde renvoient à la charge d’émotion des attentats du 11 septembre, pour les mêmes raisons : ils signent la vulnérabilité du système.Parce qu’il est vulnérable, le système. Très vulnérable.
Bien sûr, les assurances paieront mais ne pourront jamais tout rembourser. Et qui paye les assurances ? Aïe aïe aïe aïe aïe. Faites bien attention en avançant par là. Si vous êtes financier et que vous poursuivez la lecture de ces lignes, vous le faites à vos risques et périls. Vous ne pourrez en aucun cas poursuivre l’auteur pour les incidents de santé qui en résulteront : même vos avocats devront reconnaître que vous avez été prévenus d’un grave danger imminent.
Toujours là ? Prenez quand-même quelques gouttes, là, pour le cœur.
L’argent qui permettra de faire face aux conséquences de la digue trop basse proviendra de la solidarité des populations. De la solidarité privée pour la part qu’elle a pu prévoir, de la solidarité publique pour tout ce que les assurances auront écarté.
Solidarité !
Le mot est lâché. Cela ne va pas bien fort, hein ? Vous étiez prévenus ! Composez vite le 15 ou le 911 suivant l’endroit où vous lisez ces lignes : faites vite, vous êtes en danger de disparaître.Votre système, messieurs les libéraux, vous les zommes libres qui n’ont peur de rien parce que vous êtes responsables et courageux, vous qui vous levez tôt le matin et travaillez dur pour créer de la valeur, de la vraie, celle qui permet de regarder l’avenir en face, de surmonter tous les Everest de l’adversité, votre système, messieurs, il est trop bas de dix mètres.
C’est con, hein ?
Mais c’est définitif.
Vous êtes trop bas. Vous serez toujours trop bas. Votre imprévoyance est un élément constitutif du contrat que vous avez passé avec le corps social qui vous accueille et vous protège. Vous aurez tous besoin qu’un jour quelqu’un se penche sur vous pour vous ramasser. Face aux ressources de la solidarité, vous resterez toujours aussi impécunieux.
Vous pensez que l’argent peut tout acheter, les hommes, le pouvoir et la nature. Vous avez raison. A dix mètres près. Dans ce futur merveilleux que vous promettez grâce à la pertinence de votre jugement et la finesse de vos analyses, vous aurez toujours besoin d’un arsouille pour vous porter sur les dix mètres qui vous resteront à parcourir. Vous le savez.Nous autres, qui sommes vos arsouilles, nous le savons aussi. Le système ne se poursuit que parce que l’on fait semblant d’ignorer celà.
Les nuages d’hydrogène qui se sont élevés des enceintes éventrées de Fukujima sont venus pour nous le rappeler. Non sans une certaine ironie : l’hydrogène, étymologiquement, est le gaz qui crée l’eau. Celle qui a submergé la digue trop basse. Celle qui manque pour refroidir les centrales. Cette eau sans laquelle toute vie serait impossible.
Tout comme la vie serait impossible sans cette solidarité qui suppléera, encore une fois, aux carences des financiers.
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Edit : cette dépèche de l'AFP trouvée sur le site du Figaro :
Le site de la centrale japonaise de Fukushima et ses six réacteurs nucléaires n'étaient plus assurés depuis août 2010 pour les dommages causés aux installations elles-mêmes, mais l'étaient pour les dommages causés aux tiers, a indiquéaujourd'hui une source proche du dossier.
La compagnie japonaise d'électricité Tokyo Electric Power (Tepco), propriétaire et opérateur du site, avait refusé de renouveler sa police d'assurance car elle jugeait les tarifs trop élevés, a précisé la source.
Les exploitants de réacteurs ne sont pas tenus de s'assurer pour les dommages qu'un accident nucléaire pourrait occasionner sur leurs propres installations.
La loi les oblige, en revanche, à se couvrir pour les dommages qu'un accident pourrait causer aux tiers. Dans le cas de Fukushima, comme pour toute installation nucléaire, la loi japonaise fixe le plafond d'indemnisation à 120 milliards de yens, soit environ 1,04 milliard d'euros.
Mais les assureurs excluent le plus souvent les événements naturels majeurs, comme un séisme ou un tsunami, de la couverture.
En outre, la convention de Paris sur la responsabilité des exploitants nucléaires exonère les exploitants eux-mêmes d'indemnisation en cas de "cataclysme naturel de caractère exceptionnel".
La loi japonaise reprend les grands principes de la convention de Paris.
Concrètement, en pareil cas, c'est souvent l'Etat qui prend en charge l'indemnisation.
Quatre des six réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi (N°1) ont vu leur système de refroidissement endommagé par le séisme et le tsunami du 11 mars et présentent des risques de rejets radioactifs importants dans l'atmosphère.
Sans commentaire...
